Alain Charles Edmond Louis Marie DE KERANFLEC’H-KERNEZNE

né le  8 mai 1895 à Tours,
fils de Hervé Charles Marie Rogatien DE KERANFLEC’H-KERNEZNE et Marie Thérèse Simone de BOISBOISSEL.

Alain KerSous-Lieutenant Alain DE KERANFLEC’H-KERNEZNE

Extrait du livre « La commune de St Gilles-Vieux-Marché, Au Champ d’Honneur 1914-18 », écrit par la Comtesse de KERANFLEC’H, édité en 1920 :

« Alain de Keranflec’h-Kernezne est né à Tours le 7 mai 1895. Dès son jeune âge, il se destinait à la carrière militaire. En 1914, après avoir passé brillamment ses deux
baccalauréats, il était reçu à l’examen de Saint-Cyr (8 juin, 22 juillet), au moment où la guerre éclatait. Engagé volontaire au 41e régiment d’Infanterie de Rennes dès le mois d’août, il fut nommé sous-lieutenant le 11 décembre, avec tous ses camarades de la promotion de la Grande Revanche, et affecté au 28e bataillon de Chasseurs Alpins. Envoyé en Alsace le 9 janvier 1915, il fit avec ces troupes d’élite la rude campagne de cet hiver, prit part aux combats terribles de l’Hartmanweillerkopf, du Schepfenrieth, et tomba frappé d’une balle à la carotide, au soir d’une journée de bataille, devant Metzeral, le 7 mai 1915. »

Alain de Keranflec’h-Kernezne a été cité à l’ordre de la division dans les termes suivants :
« Le général Serret, commandant la 66e division d’Infanterie, cite à l’ordre de la division le sous-lieutenant de Keranflec’h-Kernezne (Alain-Charles-Edmond), du 28e Bataillon de Chasseurs : «Jeune officier plein d’entrain et d’énergie, a donné, depuis son arrivée au front, de nombreuses preuves de courage, notamment dans l’exécution de reconnaissances
dangereuses et délicates. Frappé mortellement le 7 mai, à son poste de combat, en un point soumis au feu violent d’une mitrailleuse et à des feux d’infanterie. »
(VIIe armée, 66e division, Ordre général N° 201.)

Nommé chevalier de la Légion d’honneur à la date du 7 janvier 1920, avec la citation suivante :
« De Keranflec’h-Kernezne (Alain-Charles-Edmond-Louis-Marie), sous-lieutenant, excellent officier, d’un sang-froid et d’une bravoure remarquables. Pendant un violent tir de préparation d’artillerie et de mitrailleuses, s’est, au plus grand mépris du danger, porté à la tête de sa section pour encourager ses chasseurs à la résistance.
Est tombé mortellement frappé d’une balle, alors que l’ennemi tentait une contre-attaque, le 7 mai 1915, à Metzeral. A été cité.
(Officiel du 7 janvier 1920.) »

Extrait des lettres des officiers et sous-officiers d’Alain :
« 14 Mai.
Mon Commandant,
Je viens vous annoncer une pénible nouvelle : Alain, votre fils, mon brave sous-lieutenant, que j’affectionnais tant, est tombé en brave, face à l’ennemi, il y a quelques jours, le soir d’une attaque où la compagnie avait réussi, malgré le feu des mitrailleuses, à faire une poussée en avant. Je suis encore sous le coup de l’émotion que m’a causée la mort de votre fils, dont la gaieté et l’ardeur juvénile faisaient l’admiration de tous. Je veillais sur lui comme sur un jeune frère, car je tenais à conserver cette âme si héroïque et si pure dont l’exemple exaltait le cœur des chasseurs. Hélas! une balle perfide lui a sectionné la carotide ; il est tombé foudroyé, sans un mot, sans une plainte…
Je me fais l’interprète de tous les officiers du bataillon et des chasseurs de la compagnie, pour vous adresser nos sentiments de condoléances et vous dire que nous prenons une large part au malheur qui vous frappe, car le cher disparu tenait une grande place dans notre cœur… La compagnie va attaquer de nouveau le même objectif ; votre fils sera vengé ! Malheur à l’ennemi qui voudra nous barrer le passage !

Signé : Capitaine LEJARD.

J’avais demandé une citation à l’Ordre de l’armée pour le pauvre Alain ; je ne sais pas si la citation est parue à l’Officiel, mais je ne doute pas que vous ne receviez la Croix de guerre tant méritée du brave que nous regrettons tous. »

Extrait d’une lettre du Sous-Lieutenant R. de la Brosse (Tué dans un combat aérien en 1916) :
« 17 Juillet.
L’artillerie, après avoir démoli une partie des tranchées allemandes, s’était tue un instant. Les chasseurs s’élancèrent, les uns attaquant à gauche, les autres dont était Keranflec’h, s’efforçant de déboucher, à droite, par une brèche faite par nos obus dans les fils de fer ennemis. On avançait le long d’un bois quand des mitrailleuses, brusquement, atteignirent les premiers chasseurs ; le capitaine, jugeant l’attaque impossible de ce côté, fit replier Keranflec’h sur un abri de fortune et s’y retrancher. C’était une maison, malheureusement à découvert. La journée s’écoula sans autres incidents, mais le soir venu, Alain dut faire une reconnaissance ou prendre les ordres de son capitaine. Comme il revenait vers sa troupe, il tomba soudain foudroyé : une balle lui avait traversé le cou et coupé la carotide. Il est mort presque immédiatement…
Je me suis empressé d’aller faire une petite prière devant lui (1) ; ses camarades l’avaient exposé dans une salle d’école, au milieu des fleurs, et un chasseur montait continuellement la garde. Je mentirais si je te disais que je n’avais pas les larmes aux yeux… La façon dont, chefs et camarades, parlent de lui, me prouve que tous avaient su apprécier sa jeunesse, son entrain, son courage calme et réfléchi.
Sa famille aura la consolation de savoir qu’il est enterré dans le cimetière de Krüth, et surtout qu’il est mort pour la grande cause…
Si tu voyais comme ça fend l’âme, ces croix comme celle où j’ai lu: « Ici reposent trente-quatre chasseurs alpins. »

(1) Alain fut rapporté à Krüth par ses chasseurs qui préférèrent, étant relevés le soir, descendre avec ce triste et précieux fardeau pendant six heures dans un sentier difficile plutôt que d’abandonner leur officier sur le terrain.

Lettre de M. A. Prévost-Leygonie, Sous-Lieutenant, d’Infanterie :
« Je me trouve actuellement au cours d’instruction des sous-officiers de la division, où j’ai comme instructeur un charmant sergent, survivant des premières attaques de 1914, compagnon de patrouilles de mon pauvre Alain, le sergent Tournagues, du 28e Chasseurs alpins, un jeune homme de vingt-six ans, aux yeux clairs et confiants, à la mine toute guerrière… J’ai causé très intimement et très longuement avec lui de cet ami qui n’a pas été remplacé, et tout ce qu’il m’a dit m’a intéressé.
Alain était un officier de noble personnalité morale, extrêmement simple et généreux au milieu de ses hommes, les couvrant d’affection littéralement. Plein de chevalerie, c’était un chef comme on n’en voit plus, incarné dans le devoir patriotique seul, avec cette idée de se sacrifier en toutes circonstances, dédaigneux de la mort, qu’il ne regardait pas comme une entrave au devoir.
Enfin sa mort fut un geste insigne. Il y avait une reconnaissance à accomplir sous un feu d’enfer et coûte que coûte. Normalement, Alain devait envoyer trois ou quatre hommes en avant qui, certainement, ne seraient pas revenus. Il préféra partir seul, même pas accompagné, pour ménager les quelques vies de ses chasseurs.
Je vois toujours ce geste martyre, me répétait Tournagues ; il est gravé dans mémoire de vieux soldat (20 mois de campagne) ; car je n’en ai jamais vu un plus beau.
Qu’ajouter à ces confidences ? Aimons notre élu, et que son élévation auprès de Dieu nous obtienne d’immenses mérites. .
18 Mars 1916. Signé : Alain P.-L. »

Enfin quelques années plus tard, le Colonel Coquet apprenant par hasard qu’une messe anniversaire devait être dite pour Alain de Keranflec’h, adressait à sa famille ces lignes précieuses qui témoignent du vivant souvenir laissé par le jeune Saint-Cyrien, fauché après quatre mois de campagne :
« Le Lieutenant-Colonel Coquet, commandant le 28e Bataillon de Chasseurs alpins en mai 1915, regrette de ne pouvoir personnellement assister à la messe dite à la mémoire du Sous-Lieutenant Alain de Keranflec’h-Kernezne, tombé glorieusement sous ses ordres… Il tient, en cette circonstance, à exprimera la famille de ce brave et brillant officier ses respectueuses condoléances et à s’associer à l’hommage rendu à sa mémoire. Le Sous-Lieutenant Alain de Keranflec’h est une des figures les plus pures de cette belle jeunesse française qui s’est si généreusement immolée pour le salut et la victoire du
pays. Le culte du souvenir et de la reconnaissance envers eux ne sera jamais assez grand.

Signé : G. COQUET, Lieutenant-Colonel, Commandant le 106e d’Infanterie. »

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